Advocacy

 

Voici un manuscrit pour une présentation par radio. Il raconte l'histoire des adultes plus âgés qui ont des problèmes en leurs vies en raison de leur abus d'alcool et de médicament. Il a été écrit par un pharmacien retraité.

 

 

Le filet invisible

 

 

L'auteur :

Derek West, pharmacien à la retraite en Alberta, est l 'auteur de la pièce originale intitulée «The Invisible Web» dont cette oeuvre découle.  L’auteur souhaitait prévenir les effets néfastes de l'abus d'alcool et de médicaments parmi ses pairs.  Il a accordé aux membres du club de l'Âge d'Or de Pointe-aux-Roches la permission de traduire et d’adapter la pièce à deux conditions : soit exprimer sa reconnaissance à Madame Noreen Foster, une amie, qui a inspirée cette oeuvre et soit de présenter la pièce dans un but non lucratif.

La pièce a été traduite par les aînés francophones du Club de l'Âge d'Or «Le Foyer» de Pointe-aux-Roches en Ontario et elle a été adaptée par Blanche Bénéteau, consultante en projets au Centre de toxicomanie et de santé mentale-bureau de Windsor, Onttario. Tél : 519-251-0500; couriel : blanche_beneteau@camh.net.  Quelques éléments du programme «Options», un programme de prévention et d'intervention concernant les problèmes d'alcool et de médicaments chez les aînés y ont été incorporés.  Le programme «Options» est le fruit d’un partenariat entre LESA (Enrichissement à la vie des aînés, un programme du centre de santé communautaire du centre-ville (Ottawa)), C.O.P.A. (Programme d'évaluation et de traitement de l'alcoolisme et la toxicomanie chez les personnes âgées) et la Fondation de la recherche sur la toxicomanie.

 

Le club de l’Âge d’Or de Pointe-Aux-Roches tient à remercier Marthe Dumont, traductrice, qui a apporté plusieurs améliorations au dialogue et à la mise en page de la pièce.

 


 

Personnages :

 

«Julien»                      Un commis-voyageur de 75 ans, il est à la retraite depuis 8 ans.  C'est un homme rouspéteur qui a souvent été éloigné de sa famille pour des périodes prolongées.

 

 

«Jeanne»                      Épouse de Julien, elle aussi a 75 ans.  Elle a élevé leurs quatre enfants presque seule à cause du travail de Julien.  Très engagée dans sa communauté pendant plusieurs années, elle a cessé ses activités à la retraite de Julien.

 

 

«Margot»                     Amie d'enfance de Julien, elle est veuve et âgée de 72 ans.  Elle est voisine de Jeanne et Julien depuis environ 9 ans, et Jeanne est jalouse de cette femme croyant que Julien lui fait beaucoup trop de façons.  Jeanne ne le sait pas, mais Margot a été fille de vie pendant sa jeunesse.  Elle n’aime pas se faire rappeler cette époque pénible de sa vie.  Après le décès de son mari, elle est revenue dans son village natal afin de se retrouver parmi des amis.

 

 

«Bernadine»                Amie de Jeanne, elle est très malade depuis 1 an.  Comme Jeanne, elle était très active dans la communauté.

 

 

«Lionel»                       Pharmacien âgé de 68 ans. Il est veuf depuis 4 ans.

 

«Dr Quenneville»       Médecin âgée de 69 ans, elle travaille dans cette communauté depuis 30 ans et elle est respectée de tous ses clients.


 

                                                  Le filet invisible

 

 

Commentaire : Mise en situation :

 

Julien marche dans la cuisine en boitillant, un large pansement sur un pied.  Il prend un verre et une bouteille dans l'armoire.  Il dépose le verre sur la table et cache la bouteille de vin sous le fauteuil.  On entend la télévision à tue-tête en arrière plan.  Il s'assied dans son fauteuil, pose son pied pansé sur un tabouret et tend la main sous le fauteuil pour y prendre sa bouteille de vin lorsque son épouse Jeanne entre dans le salon.

 

Jeanne a une cigarette non allumée qui lui pend de la bouche (elle essaye de cesser de fumer).  Julien cache rapidement sa bouteille et fait semblant de se gratter le pied.


 

                                                             Acte 1

 

Jeanne :        As-tu l'intention de t'asseoir ici toute la sainte journée?

 

Julien :         Commence pas à m’chialer aujourd'hui!

 

Jeanne :        Mais Julien, y’a de l'ouvrage à faire; la serrure de la porte de devant a besoin d'être réparée.  Je ne peux pas tout faire moi-même!

 

Julien :         Mais tu vois bien la vieille que j'ai un pied blessé...

 

Jeanne:         Ouais... pis le mois passé, c'était ton dos, et pis avant ça, c'était ton épaule.

 

Julien :         Vas-tu arrêter de chialer, bonne femme?  Laisse-moi relaxer pour l'amour!

 

Jeanne :        Toi, tu veux relaxer?  Et pis moi?  J'ai élevé nos enfants toute seule... et pis maintenant qu'ils sont partis, il faut quand même que je ramasse les tiennes, tes traînasses.

 

Julien :         C'est pas de ma faute si je devais toujours être parti.  Je vous ai habillés et pis nourris... et pis... vous ne m'en remerciez même pas.  Bonté! si j'veux passer du temps dans ma maison en paix, il me semble que j'en ai le droit.

 

Jeanne :        Ben oui, t’as le droit de te reposer, mais faut-il que tu passes toutes tes journées à boire et à regarder la télévision?  On n'va nulle part.  On devrait commencer à faire des choses ensemble... et pis on devrait faire de l'exercice.

 

Julien :         Pourquoi es-tu toujours en train de trouver des nouvelles façons de «m'achaler», hein? (sur un ton moqueur)  Toi pis moi, on devrait commencer à faire de l'exercice?  En voilà une bonne!

 

Jeanne :        (Elle se choque.)  C'est bien drôle hein... mais si j'étais la petite «guidoune» dans l'appartement voisin tu n'dirais pas ça!

 

Julien :         Tu veux dire Margot?  Qu'est-ce qu'elle vient faire dans cette conversation ici elle?  Tu déparles ma bonne femme!

 

Jeanne :        Bon, c'est assez.  Laissons tomber ça!

 

Julien :         Oui.  Ca fait certainement mon affaire.


 

Jeanne :        (Avec un air étonné)  Je n'aurais pas dû boire tout ce vin hier soir.  J'ai rendez-vous chez le docteur aujourd'hui et je me sens pas bien.  (Elle tousse.)  Où sont mes remèdes pour la toux?  (Elle regarde Julien.)  Julien... où sont mes remèdes pour la toux?

 

Julien :         Tes remèdes pour la toux?  Ah oui... j' pense qui sont dans la chambre à coucher.  Moi aussi, j'en ai pris hier soir.  (Julien tousse.)  Ça n'a pas aidé le diable par exemple.  Sais-tu Jeanne, si tu prenais des Ex-Lax avec ça... ça t’passerait la toux... t'aurais peur de tousser! Ha! Ha! ha!

 

Jeanne :        Je vais demander au docteur de me donner quelque chose d’autre pour cette toux.  (Elle essaye de se souvenir de quelque chose.)  Dis donc Julien, m'as-tu vu prendre mes pilules pour mieux respirer à matin?

 

Julien :         C'est bien moi qui l'saurait!  Prends en une autre quand même... tu guériras deux fois plus vite.  Ha! Ha! Ha!

 

 

Commentaire : Jeanne prend une pilule et l'avale avec une gorgée du remède pour la toux.)

 

Jeanne :        Yuk!  J'haïs ça prendre des pilules.  Regarde cet assortiment de remèdes... je pourrais partir ma propre pharmacie.

 

Julien :         C'est bien pour ça qu'on les appelle des médicaments miracles.  C'est un miracle si on y survit!

 

Jeanne :        Regarde ce que j'ai dans ma sacoche... vois-tu ça?  Tous les médicaments que je prends sont inscrits ici sur ma carte de médicaments personnels.  L'infirmière du bureau de santé me l'a donnée et elle m'a aidée à y inscrire toutes mes pilules.

 

Julien :         Laisse-moi voir ça.  Ben oui, c'est pas mal pantoute.  Mais attends une minute Jeanne.  Qu'est-ce que t'as fait de tes autres p'tites pilules pour tes maux de tête... et pis tes remèdes contre la toux... et pis toutes ces bouteilles du magasin de produits naturels.

 

Jeanne :        Le docteur n'a pas besoin de savoir que je prends ces remèdes et ces plantes-là.  J'ai pas besoin de prescription alors elles sont certainement sans danger.

 

 

Technicien : On frappe à la porte.

 


 

Julien:          Bon entrez... c'est ouvert!  Mais si vous cherchez de l'argent, sacrez votre camp!

 

 

Commentaire : Margot entre, elle porte une robe à couleurs vives.  Elle est maquillée comme une vedette de cinéma.

 

Julien :         Ahhh! Margot. Viens t'assir ma belle... y’a une place pour toi sur mes genoux ici!

 

Jeanne :        Allô Margot!

 

Margot :       Eh ben, dis donc ...JuJule...t'es-tu cogné la petite orteil ou c'est ton cerveau que t’essayes de réchauffer avec ce pansement?

 

Julien :         Ouais, t'es ben drôle à matin.  Le docteur m’a dit que j'ai la «goutte» et pis que j'dois prendre ça aisé.

 

Margot :       Huh! il faut que tu prennes ça aisé.  Hein?  Les vieux commis-voyageurs, vous êtes tous pareils... vous avez toujours eu la vie aisée!

 

Julien :         Ah ouais?  Je suppose que t’en a assez connus pour le savoir.  Souviens-toi par exemple... moi, j'étais de service encore longtemps après toi.  Et pis pendant que j'y pense, comment y va ton pauvre vieux dos?

 

Margot :       Hmmm! ça me surprend que ça t'intéresse... mais ça va mieux merci.  Les pilules que l’docteur m'a données ont beaucoup aidé.  Et toi Jeanne, t’as l’air très chic ce matin.  Où vas-tu? 

 

Jeanne :        J'ai rendez-vous chez le médecin.  Mon rhume s'est empiré... mon arthrite me fait souffrir et pis mes pilules ne font plus effet.

 

 

Commentaire : Margot sort une bouteille de pilules de sa sacoche.

 

Margot :       Tiens... essaye celles-là.  Ce sont mes nouvelles pilules... elles ont guéri mon dos.  Elles ne t’feront pas tort.

 

Jeanne :        Penses-tu?  Je ferais n'importe quoi pour me soulager de cette terrible douleur...  Bon, donne-moi-s-en une.

 

Julien :         Eh! et pis moi?  Donne-moi-s-en une de ces pilules... mon pied me fait vraiment mal, tu sais.  Vous savez pas le martyre que j'endure!

 

Margot :       Eh ben, pourquoi pas?  On va chasser tous les p'tits bobos de Ju-Jule, puis les faire disparaître.

 

Jeanne :        Comment s'appellent-elles ces pilules?  Elles ont l'air de «jelly beans».

 

Margot :       Oui... mais oh!...  Julien... chique-les pas.

 

Julien :         Eh ben, je suppose que j'ai déjà mangé pire.

 

Margot :       Laisse-moi mettre mes lunettes que je regarde l'étiquette.  Ça dit... en... en...tro...phen...entrophen...  Mon doux!  Pourquoi y’appelle pas nos pilules par des noms ordinaires comme «des pétards» ou «des zigottes» ou des «pisse-minute», hein?

 

Jeanne :        Moi... je me souviens de mes pilules par leur forme pis leur couleur.  Les blanches sont pour m'aider à souffler, ...les rouges sont pour me «looser», pis les jaunes sont pour dormir?  Oops! c’est-y l’contraire?  Et pis... c'est pourquoi j’prends celles-là déjà?

 

Margot :       (D'une voix basse, elle dit à Jeanne.)  Excuse-moi Jeanne, mais... j’ai besoin de m’servir de ta toilette...  j'ai un brûlement... de la vessie.  Mon infection est revenue.

 

 

Commentaire : Elle se dirige vers la toilette et en passant devant Julien, il lui donne une petite tape sur les fesses.  Jeanne s'en aperçoit.)

 

Jeanne :        Eh ben mon p'tit gars... si tu continues à agir comme ça, j'verrai à ce que tu n'pourras pas marcher sur l'autre pied pour bien longtemps.

 

Julien :         Oh! énerves-toi pas le poil des jambes, la vieille... c'est rien que des farces.  Où est ton sens de l'humour?

 

Jeanne :        Si c'est ton idée de l'humour, je n’joue pas au bouffon aujourd'hui.  Arrête d'agir comme un âne et pis fais-moi décoller c’te p’tite «vache» d'ici.  Des gens comme elle ne devraient pas être laissés en liberté.

 

 

Technicien : On entend une porte qui se ferme et la toilette qui «flush».

 

Julien :         Dis donc Margot..  je t'ai entendu dire que tu avais un brûlement aujourd'hui.  Ça serait pas un p'tit brûlement pour moi par hasard?  Hein, ma cocotte?


 

Margot :       Comme toujours... tu t’fais des illusions, mon pauvre p'tit vieux.  Tu ferais mieux de t’ôter ça d’la tête tout d’suite mon gars.  J'ai simplement oublié de prendre mes remèdes hier soir et aujourd'hui j'en paye la note.

 

Julien :         Ouais... ben... y'en a assez qui t'ont payé la note.  C'est à ton tour.

 

Margot :       Mon doux, Jeanne, comment peux-tu endurer cet espèce d'animal!  Tu pourrais pas y donner une banane et pis le remettre dans sa cage?

 

Jeanne :        Il faut que j’parte... j'attendrai une heure, pis après ça, j’verrai pas le docteur pour plus que 5 minutes.  À force d’attendre, j’serai si nerveuse que j'aurai oublié pourquoi j’suis là.  (Elle commence à tousser et prend une autre gorgée de remèdes.)  Et puis cette maudite toux qui me laisse pas en paix.

 

Julien :         Écoutez-moi les femmes...  Je l’sais c'que vous avez d’besoin.  V'nez... assoyez‑vous... toutes les deux.  J'ai la solution à tous vos problèmes.

 

Margot :       Tiens... ça fait changement.  «Julien l'enfant-terrible qui devient le grand sauveur!»

 

Julien :         «V’là un vieux remède que ma grand-mère a toujours pris.  C'est rapide... c'est efficace... et puis... ça marche toujours.  Tiens Jeanne... tiens Margot.

 

Jeanne :        Pas d'la boisson... à c't'heure-ci... en plein coeur de jour?

 

Julien :         Oh!... énerves-toi pas... on en prendra seulement un verre.  Quel mal ça peut bien faire?  La bouteille est presque vide quand même.

 

Jeanne :        B... i... e... n... je pourrais me calmer les nerfs un peu... seulement un verre par exemple.

 

Julien :         À votre santé mesdames!

 

Jeanne :        Oui... ou à ce qui en reste!

 

Margot :       Et pis... avec une autre petite pilule...  Mmm! c'est pas mal pantoute... j'me sens déjà mieux.

 

Julien :         Bon... te v’là parée ma belle Jeanne.  Quand t'arriveras chez l’docteur, tu seras «madame toute mollo».

 

Jeanne :        Je l'souhaite bien.

 

Technicien : On entend le taxi qui klaxonne.

 

Jeanne :        Oh! voilà mon taxi.  Julien, souviens-toi que t’as des travaux à faire... comme réparer la serrure... et pis les autres petites choses!

 

Julien :         Ouais, ouais!  J'vais l'faire... mais avant de partir, Margot veut un autre p’tit verre... seulement pour finir la bouteille.  C'est ça... hein Margot?

 

Margot :       Non vraiment, Julien.  J’veux retourner chez moi pour voir la fin du programme «Les démons du midi»... on interview des gens mariés qui ne s'engueulent jamais et j’ai hâte de voir comment ça se passe.

 

Julien :         Eh ben, en v'la une bonne raison de prendre un p’tit coup!  J'bois aux gens qui s'engueulent jamais.

 

 

Technicien : Le taxi klaxonne une fois de plus.

 

Jeanne :        Il faut que j’parte.  N'oublie pas ce que je t'ai dit Julien.  (À voix basse.)  La Margot fait mieux d’être partie quand je r’viendrai.

 

Julien :         Ouais, ouais!  J'm'en occupe... embarque dans ton taxi!

 

Margot :       Bonne chance, Jeanne!  On se r’verra plus tard.

 

 

Technicien : On entend une porte qui ferme, puis la musique qui devient de plus en plus forte.

 

Julien :         Laisse-moi lever le volume d’la musique icitte et puis on va danser un p’tit peu. ...pareil comme dans l' bon vieux temps...te souviens-tu Margot...?

 

Margot :       De quoi parles-tu mon pauvre vieux coton?  L’bon vieux temps, comme tu dis, y’était loin d'être  plaisant.  Toi pis ta gang de chums», par exemple, vous aviez toujours du bon temps... surtout au dépend des autres!

 

Julien :         Ben oui j’suppose, mais viens qu'on danse juste une p'tite danse. 

 

Margot :       Eh! pis ta «goutte»?  Qu’est-ce qu’y en est devenue?

 


 

Julien :         Ha! Ha! Ha!... Y faut bien se trouver des façons pour pas toujours être en train de tracasser autour de la maison.  Tu sais, j'ai eu mal pour une couple de jours... mais après ça, et bien j’ai pris un p’tit repos.  Ha! Ha! Ha!

 

Margot :       Quel vieux fainéant!  Tu sais, t'en regagne pas en vieillissant toi... et pis Jeanne, elle qui a tellement travaillé.  Sais-tu, le mieux je viens à t’connaître le plus j’admire Jeanne.  Ça doit pas être facile de vivre avec toi!!!

 

Julien :         Commence pas à m'chialer toi aussi.  Jeanne est toujours rendue chez le docteur pour ses bobos et pis ses pilules.  Eh ben moi aussi, j'peux traîner d'la patte un peu.   Viens... prends un p'tit verre pour m'aider à finir la bouteille ici et puis dansons un p'tit peu pour me dégourdir la patte ensuite j'vais me mettre au travail.

 

Margot :       Bon, j’vais prendre juste un p’tit verre... après ça... je m'en retourne chez nous.

 

 

                                                           Fin de l’acte 1

 



 

                                                                      Acte 2

 

Commentaire : Jeanne arrive chez le docteur Quenneville.  Elle semble examiner une peinture sur le mur, mais en réalité, elle rêve et soudainement elle commence à se parler à haute voix.

 

Jeanne :        C'est bien typique... j'ai dû attendre 30 minutes dehors dans l'antichambre et puis un autre 15 minutes ici.  Ah!... le vin que Julien m'a donné m’a donné un mal de tête.  Eh ben, au moins j’ai plus d’besoin de m’promener presque nue et avec les jambes juchées dans ces étriers-là.

 

 

Technicien : Une porte s'ouvre et se referme.

 

Dr Q :           Bonjour Jeanne.  Je m’excuse de t'avoir fait attendre.  J’ai dû me rendre à l'hôpital pour un cas urgent.  Alors, comment te sens-tu depuis ta dernière visite?

 

Jeanne :        Oh!... en général, ça ne va pas trop mal, mais j’ai besoin de quelque chose pour cette toux (Jeanne tousse.) et... et... peut-être quelque chose pour mes nerfs.  J’dors pas bien dernièrement.

 

Dr Q :           Si tu veux bien te lever, je vais vérifier ça.  Prends de profondes respirations par la bouche s'il te plaît... maintenant respire naturellement.  Je veux écouter ton coeur.  Oui, il y a de la congestion... tousse donc encore une fois.  Ah! ha! mmmm... le reste semble normal.  Je vais te prescrire un antibiotique et du sirop pour ton rhume.  Assure-toi de suivre les directives attentivement... pas d'alcool... et assure-toi de finir la prescription.  Si tu as des effets négatifs, comme de la diarrhée ou des rougeurs, appelle-moi.

 

Dr Q :           Fumes-tu encore Jeanne?

 

Jeanne :        Ben,... j’ai pas arrêté... j’ai beaucoup diminué par exemple... mais... mais Julien lui, y fume encore comme une cheminé.

 

Dr Q :           Tu sais comme moi que la fumée de cigarette n’aide pas ton rhume et la congestion... en plus la nicotine est un stimulant et ça peut affecter ton sommeil.

 

Jeanne :        J’savais ce que ça pouvait faire aux poumons, mais... j'ignorais que le tabac pourrait m'empêcher de dormir.

 

Dr Q :           C’est quoi le problème avec tes nerfs?  Pourrais-tu me donner plus de détails?


 

Jeanne :        Ben... à part d’n’pas pouvoir bien dormir, j’me sens toujours fatiguée, sans énergie et des fois j’veux pleurer!

 

Dr Q :           Depuis combien de temps te sens-tu déprimée?

 

Jeanne :        Oh!... un bon bout d’temps... peut-être un an.  Me semble que ça va de pire en pire depuis les derniers trois mois.

 

Dr Q :           As-tu une idée de la cause de ces sentiments.

 

Jeanne :        Ben... non... mais... depuis qu’Julien est moins actif, y m’semble que j’ai ralenti mon train de vie moi aussi.

 

Dr Q :           Et pis Julien?... Se remet-il de sa goutte?

 

Jeanne :        Il dit aussi avoir beaucoup de douleur.  Il passe sa journée avec le pied élevé.  A part ça, il va assez bien.  Tu connais Julien... toujours souriant... toujours farceur... comme de raison... on serait comme ça nous autres aussi si on buvait une bouteille de vin toute la journée.

 

Dr Q :           Et toi Jeanne... est-ce que tu prends de l’alcool toi aussi?  On arrivera peut-être à une meilleure compréhension de tes symptômes si tu me dis combien d'alcool tu consommes.  L’alcool est une drogue et un dépresseur.  Il se peut que tu souffres d’une interaction entre l’alcool et tes médicaments.

 

Jeanne :        Ben... je ne bois pas autant que Julien, mais j’prends peut-être 4 verres à vin par jour.  Julien y’aime pas boire seul, et pis moi, ben... j’pense que ça me détend un peu.  On dit que le vin, c’est bon pour nous.

 

Dr Q :           L’alcool en petite quantité peut-être, mais jamais plus que deux verres par jour pour les hommes, et pas plus qu’un verre et demi pour les femmes.  Ceux qui prennent des médicaments ne devraient pas boire du tout.  À notre âge, il faut faire attention parce que notre métabolisme est plus lent et ça nous en prend beaucoup moins que pendant notre jeunesse.  De plus, les femmes, nous, on ne digère pas l'alcool aussi rapidement que les hommes.  Ça reste dans notre système beaucoup plus longtemps.

 

 

Technicien : Le téléphone sonne justement à ce moment... et le docteur répond.


 

Dr Q :           Allô!  Oui... c’est-elle calmée? ...  Naturellement.  Je vais essayer de revenir à la maison un peu plus tôt.  Essaye de ne pas trop t’inquiéter.  Au revoir chéri.  Je m’excuse Jeanne... ma fille a des difficultés avec son mari en ce moment.

 

Jeanne :        Je suis certainement en mesure de sympathiser avec elle.  Si le mien m’appréciait un peu plus... si on sortait de temps en temps.  C’est tellement plate des fois.  Pis, j'ai tellement besoin de son attention.  L’âge d'or, c’est sensé être les plus beaux jours de notre vie.  Après s’être sacrifié pour assurer not’retraite et not’indépendance, nous v’là deux vieux étrangers qui n’semblent pas pouvoir jouir de la vie.  J’commence à me demander si on ne boit pas seulement pour passer l’ennui.

 

Dr Q :           Jeanne as-tu discuté de ces sentiments avec Julien... que tu avais besoin de lui... que tu souhaitais une vie plus active?

 

Jeanne:         Ben non!  Ha! Ha! Ha!  Dire à Julien que j’ai besoin de lui?  Il rirait comme un fou.

 

Dr Q :           Tu serais peut-être surprise Jeanne.  On a tous besoin de se sentir appréciés... et tous besoin d’affection tout au long de notre vie.  En vieillissant, il faut pas penser qu’on en a d’besoin de moins que pendant notre jeunesse.

 

Jeanne :        Vous avez raison, on se parle pas souvent de nos besoins.  Julien était rarement à la maison quand notre famille grandissait et pis j’ai pris l'habitude de mettre mes besoins de côté et gérer mes propres affaires.

 

Dr Q :           Comme toutes les autres étapes de nos vies, la retraite nécessite un temps d’adaptation.  On croirait qu’on apprendrait à s'adapter aux changements d’la vie... mais à chaque étape, on dirait qu’on doit toujours recommencer le processus.  L'important par exemple, c'est de se parler franchement... tout comme si on était des nouveaux mariés.  Tu sais, il nous reste encore plusieurs années à jouir de la vie... et c'est un temps merveilleux de renouer notre relation comme amants et amis.  Julien recherche peut-être les mêmes choses que toi.  Il a sans doute de la difficulté à s’exprimer lui aussi.

   

Jeanne :        Savez-vous docteur, j’me suis pas souvent arrêtée à penser que Julien aurait des idées à ce sujet.  C’est peut-être pour ça qu’il gargousse toujours.

 

Dr Q :           Je te laisse y penser Jeanne... en attendant, j'aimerais que tu fasses l'expérience de ne pas boire d'alcool pour deux semaines... pour déterminer si tu ressens une différence dans tes sentiments... si tu te sens moins déprimée.  L’alcool, c'est comme les médicaments, il y a souvent des effets néfastes.


 

Jeanne :        Ce que vous dites fait du sens.  J'ai souvent mal à la tête, et mon estomac est souvent dérangé.  J’ai jamais pensé que l’alcool causait ça, par exemple.  Ça bien l’air que mon Julien va boire seul pour un bout d’temps.

 

Dr Q :           Julien vient me voir bientôt lui aussi et j'aborderai le sujet avec lui.  Maintenant, j’aimerais faire une revue de tous tes médicaments.  Lesquels prends-tu en ce moment?

 

Jeanne :        Tiens, j’ai tout inscrit sur cette carte personnelle.

 

Dr Q :           Dis donc, j’aime cette idée là!  C'est la carte de l'association des pharmaciens de l'Ontario.

 

Jeanne :        Oui, je l’ai reçue de l’infirmière au bureau de santé hier.  Elle m’a aidée à la remplir.  Elle m’a fortement suggéré que je te parle de ce médicament-ci.

 

Dr Q :           Bon... revoyons bien cette grande liste.  Voici ceux que je t’ai prescrits... ceux que tu t’es procurés à la pharmacie sans ordonnance... et en voici un autre du Dr Serré.  Mais, dis-donc, est-ce celui-ci qui inquiétait l'infirmière?

 

Jeanne :        Oui.

 

Dr Q :           Je comprends bien pourquoi.  Depuis quand prends-tu ces deux médicaments ici?

 

Jeanne :        La blanche, tu me l'as prescrit en mars, et, en avril, j’ai vu le docteur Serré.  Il m'a prescrit cette pilule jaune.  Il m’a pourtant demandé quelles pilules je prenais.  Je lui ai répété toute la liste.  Je n’pense pas en avoir oubliées.

 

Dr Q :           Tu as ici deux prescriptions très semblables.  Elles sont de couleur et de dose différentes, c'est tout.

 

Jeanne :        Mon doux! est-ce que j'ai pris une double dose?

 

Dr Q :           Oui, mais les deux doses n’excédaient pas la dose maximale!  Où as-tu fait remplir ces prescriptions?

 

Jeanne :        À deux différentes pharmacies, j’pense.


 

Dr Q :           Ça explique pourquoi on a manqué la double prescription.  Après ceci, essaye toujours d’utiliser la même pharmacie.  Si ce n'est pas possible, présente au moins ta carte de médicaments au pharmacien.  Bientôt le système de vérification par ordinateur reliera toutes les pharmacies.  Ce système préviendra beaucoup d’erreurs comme celle-ci.

 

Jeanne :        J’vais certainement m'assurer que le pharmacien soit au courant des autres pilules que je prends.

 

Dr Q :           Nos services médicaux sont beaucoup plus accessibles aujourd'hui, mais nous avons à traiter avec plusieurs professionnels.  Les communications peuvent manquer d'un côté ou de l'autre.  Il faut vraiment être aux aguets.  Pour ta part, souviens-toi de demander au médecin pourquoi il te prescrit un médicament et assure-toi de bien lire la feuille d'information qui accompagne tes prescriptions.  Aussi, les pharmaciens sont toujours heureux de nous donner des conseils.  Il faut faire attention aux médicaments sans ordonnance.  Les remèdes contre la toux sont bien... quand on est enrhumé, mais on peut en prendre l’habitude.  Plusieurs contiennent de la codéine, comme les pilules pour soulager la douleur, et cette codéine cause la constipation.  Ça peut créer un cercle vicieux.

 

Jeanne :        Bien... je vous assure que je porterai ma carte de médicaments avec moi en tout temps.  Et pis les remèdes sans ordonnance, je vais cesser tout ça.  Que pensez-vous, docteur, des médicaments naturels, comme les herbes et les plantes?

 

Dr Q :           Ces produits ne sont peut-être pas tous mauvais, mais il faut se souvenir que plusieurs de nos médicaments sont faits à partir de plantes.  Tu peux finir par avoir une double dose encore une fois.  Avant d’en faire l'essai, j’aimerais qu’on s’en reparle.  Ce marché n'est pas encore réglementé par Santé Canada et je suis toujours un peu craintive en ce qui concerne la qualité, la dose, les effets indésirables et les contre‑indications.  Si ce genre de traitement t'intéresse, je ferai de mon mieux pour m'informer auprès d'un collègue et je t'en reparlerai.

 

Si les autres aspects de la médecine douce t'intéresse, il me fera plaisir de te recommander un massothérapeute ou un réflexologiste.  Ce sont des thérapies douces.  Il y a plusieurs thérapeutes dans la communauté.  Cependant, plusieurs aînés n’ont pas les moyens de se payer ces thérapies à long terme, et même si elles aident plusieurs gens, j’hésite à les recommander au cas où ça deviendrait un fardeau financier pour eux.

 

Jeanne :        Je vous remercie de votre franchise.  Je me demandais comment les médecins réagissaient à toutes ces nouvelles approches à la médecine.

 

Dr Q :           Je te donne mon opinion et je dois t'admettre que je n'ai pas eu le temps d'étudier ceci à fond.  Je te conseille seulement de bien t'informer avant de t'en procurer.  En attendant, je vais t'écrire une autre prescription qui te sera probablement beaucoup plus efficace pour tes nerfs que des médicaments.  Regarde bien si tu peux la lire celle-ci.

 

Jeanne :        Le PAEF - Un «P»... un «A»... un «E»... et un «F».   PAEF.  Ça sonne comme une association francophone.

 

Dr Q :           C'en est une bonne ça, Jeanne.  Non, ce n’est pas une association.  C’est une prescription de gros bon sens.  Le «P», c'est pour plaisir.  C'est ce que je recommande d'avoir du plaisir.  Pense à prendre des vacances ou à faire un petit ou un grand voyage, va faire une tournée des boutiques, va danser.

 

Jeanne :        Oh! j'ai toujours aimé ça danser... mais Julien, tu ne peux même pas le faire lever de sa chaise.

 

Dr Q :           La deuxième lettre, c'est le «A» pour amis.  Retrouve tes anciens amis ou fais-toi en des nouveaux.

 

Jeanne :        La seule amie que nous voisinons, c'est... Margot... si on peut l'appeler une amie.

 

Dr Q :           La troisième lettre, c'est le «E» pour exercice modéré.  Une petite marche tranquille tous les jours.  En marchant, on prend non seulement de l'air frais qui «ravigote» les muscles, mais ça ravigote le cerveau aussi.

 

Jeanne :        La seule marche que Julien veut prendre, c'est de la cuisine à la toilette, aller-retour.

 

Dr Q :           La dernière lettre, c'est le «F» pour foi ou, si tu préfères, pour confiance.  Tu dois croire en toi et dans ta capacité de changer certaines choses dans ta vie.

 

Jeanne :        Ouah! quelle prescription!  Je n'ai pas le temps ni l'énergie pour tout ça... et pis Julien lui?

 

Dr Q :           Ne t'inquiète pas de lui... il se débrouillera bien... qui sait, vous retrouverez peut-être votre élan de jeunesse.  Je lui parlerai de cette prescription à sa prochaine visite lui aussi.  En attendant, concentre-toi sur le PAEF, un pas à la fois.

 

Jeanne :        Ça serait vraiment beau... mais les miracles, je ne sais pas si j’y crois vraiment!

 

Dr Q :           Jeanne, c'est la seule façon de se déprendre de ce filet invisible tissé par le désespoir et la frustration.

 


 

Jeanne :        Je suppose que je peux toujours essayer... mais par où commencer?  L’âge est là, vous savez!

 

Dr Q :           Jeanne, il ne faut pas croire qu'on est trop vieux pour apprendre.  Tu n'as pas besoin de t’y lancer à la fine peur.  Pratique une activité par semaine... une à la fois.  La répétition graduelle te remettra bientôt en forme.  En ce qui concerne les amis, ça prend seulement un coup de téléphone.  Et les voyages, commence avec une petite excursion en autobus, si tu veux, ou un pique-nique à la campagne.

 

Jeanne :        C'est une prescription un peu bizarre, mais si je suis prête à essayer.

 

Dr Q :           Je veux te revoir dans deux semaines et on évaluera les résultats de tes efforts, les effets des antibiotiques et tes expériences avec le PAEF.

 

Jeanne :        Merci docteur.  Maintenant je dois me presser; la pharmacie ferme dans quelques minutes.  Au revoir!

 

Dr Q             :         Au revoir Jeanne!

 

 


                                                                             

                                                           Fin de l’acte 2


 

                                                                      Acte 3

 

Commentaire : On retrouve Jeanne à l'extérieur de la pharmacie avec Lionel Gagnon, le pharmacien, qui ferme sa porte à clef.  Il est en retard ce soir.  Il s'est occupé de remplir la prescription de Jeanne.  Lionel et Jeanne se connaissent depuis plusieurs années, mais ils ne se sont pas vraiment parlés depuis plusieurs mois.

 

Lionel :        Bon... une autre journée d’finie.

 

Jeanne :        Merci Lionel d'avoir pris le temps de remplir cette prescription.  Je m'excuse d'avoir été si en retard.

 

Lionel :        Fais-toi-s-en pas Jeanne.  Je suis toujours prêt à aider mes clients et pour une amie... ça me fait toujours le plus grand des plaisirs.

 

Jeanne :        Je l'apprécie, mais tu sais Lionel, j'aimerais pouvoir te remercier. Viendrais-tu souper avec nous ce soir?

 

Lionel :        Je n’peux pas refuser ton invitation.  Depuis que Simone est décédée... je trouve ça difficile de bien manger.  Quand j'essaye de manger seul... j’perds l’appétit.  Mais... qu'est-ce que Julien va dire de m’voir arriver?

 

Jeanne :        Oh! ne t'en fais pas.  Julien aime ça recevoir des amis... et pis, ça lui fera une belle surprise.

 

Lionel :        Allons-y!  Madame, je vous offre mon bras!

 

Jeanne :        Et monsieur, je l'accepte!  Oh! regarde Lionel!  C’est Bernadine Lalonde qui marche vers nous.

 

Lionel :        Elle est revenue habiter dans sa maison il y a deux semaines.

 

Jeanne :        Mais j’avais compris qu’elle était très malade et qu’elle vivait chez sa fille.

 

Lionel :        Oui, mais elle est mieux.  Il paraît qu’elle s’est remise en grande partie en suivant un programme d’exercice et de bonne nutrition.  Les médecins en sont tous épatés.

 

Jeanne :        Bonjour Bernadine!  Comment vas-tu?  J’espérais te visiter la semaine prochaine.


 

Bernadine :  Moi, ma chère, ça va merveilleusement bien!  Je suis tellement heureuse de revenir chez moi.  Je dois te remercier de tes belles cartes et de tes bons voeux pendant mon absence.  Si tu savais comme ça me faisait du bien de savoir que mes amis ne m'avaient pas oubliée.  Je pense souvent à une façon de vous remercier tous.   J'espère pouvoir organiser une petite fête et inviter tout le monde!

 

Jeanne :        J’ai besoin de tes bons conseils, mon amie.  Je dois maintenant me dépêcher d’aller faire le souper, mais est-ce qu’on pourrait se parler au téléphone demain matin?

 

Bernadine :  Ça me ferait tellement plaisir, ma chère.  Je serai de retour de ma marche vers dix heures.  J’ai tellement hâte de te raconter mes aventures pour revenir à la santé.

 

Jeanne :        C'est justement à ce sujet que je veux te parler.  À demain Bernadine, je te téléphonerai vers dix heures et demie pour te donner le temps de reprendre ton souffle après ta marche.

 

Bernadine :  C'est bien gentil, mais... écoute... plutôt que de me téléphoner, viens donc prendre une tisane avec moi vers dix heures et demie.

 

Jeanne :        Oh! ça serait vraiment agréable et j'apporterai les biscuits!

 

 

Commentaire : Lionel et Jeanne continuent leur route vers la maison de Jeanne.  En arrivant, Jeanne ouvre la porte de la cuisine, et Lionel et elle aperçoivent Margot et Julien endormis chacun sur leur chaise.  Lionel entre dans la cuisine en vitesse pour prendre leurs pouls.

 

Jeanne :        Oh mon doux!  Sont-ils malades?

 

Lionel :        Je crois qu’ils se sont soûlés et qu’ils ont pris de ces pilules-ci.  Margot... réveille‑toi!  Margot... réveille-toi!  Julien, es-tu réveillé?

 

Julien :         Quoi?  Quoi?  Dans l'maudit... qu'est-ce qui se passe?  Pis toi Margot... qu’est-ce que tu fais ici toi Margot?  Qu’est-ce que vous faites tous ici à me dévisager?  C’est pas poli, vous savez!

 

Margot :       Toi pis ton maudit vin, Julien!  Tu m’as tordu le bras et pis tu voulais danser.  Te souviens-tu?

 

Jeanne :        Hein mon beau Julien!  Moi aussi, j'aimerais savoir c'est quoi qui s'est passé ici.

 

Lionel :        Margot, comment te sens-tu?


 

Margot :       Oh! j'ai un gros mal de tête... pis j’suis toute raquée.  Je suis si fatiguée.

 

Lionel :        Me reconnais-tu Margot?  Je suis Lionel, le pharmacien.  Veux-tu voir un docteur?  D'après la collection de pilules que je vois ici, j'ai l’impression que vous en avez pris avec du vin.  Essaye donc de marcher Margot pour voir si t’es solide sur tes jambes.

 

Margot :       Merci Lionel, mais j'ai pas besoin de médecin.  Je n’ai pas pris plus de médicaments que d’habitude et j’ai seulement pris deux verres de vin.  Je n'ai plus l'habitude de boire évidemment.  Je vais me reposer et ça ira mieux, je crois.  Merci de ton aide.

 

Lionel :        Julien, voudrais-tu essayer de marcher toi aussi?

 

Julien :         Hummph... mêle-toi donc de tes affaires... vieux écornifleux!  Viens pas m'dire qu'est‑ce que j’peux faire et pis pas faire à mon âge.  Eh Margot! t'as l'air fine là.  T'as jamais pu boire comme une demoiselle hein?  Pis croire que je t'ai presque mariée plutôt que Jeanne.

 

Margot :       Toi par exemple... tu peux être certain que tu me r’verras plus la face icitte.  Jeanne, je m'excuse.  Malgré que je n'aurais jamais dû boire avec ces pilules-là, il ne s'est vraiment rien passé ici.  Je t'expliquerai ça plus tard.

 

Jeanne :        Écoute Margot, moi aussi, j'ai des choses à t’expliquer.  Je te reverrai dans quelques heures... et pis toi, mon beau Julien... t'as pas l'air le diable fin là.  On s'en reparlera.

 

Lionel :        Sais-tu Julien, un peu d'air frais te ferait beaucoup de bien.

 

Julien :         Bon... c'est pour qui tu t’prends toi... le Dr Welby?  J'ai déjà un médecin... merci bien... et pis une de mes petites pilules pour le mal de tête ici, ça va me remettre d’aplomb.

 

Lionel :        Julien, tu ferais bien de lire l'étiquette sur tes médicaments. Ça dit très clairement qu’il ne faut pas prendre d'alcool lorsqu’on prend ces remèdes.  En plus, sais-tu que plusieurs de ces prescriptions sont vieilles.  Il y en a qui ont deux ou trois ans.

 

Julien :         Écoute... avec le peu d'alcool que je prends, ça ne dérange rien.

 

Lionel :        «Prendre un p'tit coup», c'était doux dans notre jeunesse, mon vieux, mais en vieillissant, ça peut nous donner un maudit coup.

 

Julien :         Bon ben, si t'as fini de faire tes sermons, tu peux me dire bonsoir!

 

Jeanne :        Julien, mon doux que t'es impoli!  Lionel, je vais commencer le souper.

 


 

Lionel :        Il est déjà tard Jeanne.  Laissez-moi donc vous inviter à souper au restaurant plutôt et puis on se reprendra une autre fois pour un souper ici.

 

Jeanne :        Tu as sans doute raison.  J’accepte... pourvu que tu promettes de venir souper la semaine prochaine.

 

Lionel :        Bon... viens mon vieil ami Julien.  Lève-toi... on y va.

 

Julien :         Pas assez de me faire conter un tas d'histoires... tu veux m'empoisonner dans un restaurant du village à c’t-heure... pis tu vas me faire respirer de l'air polluée en plus!  Moé, j'ai mal à la patte... j’peux pas marcher trop loin.

 

Lionel :        Ta patte a besoin d'exercice.

 

Jeanne :        Julien, tu n'as presque rien mangé de la journée.

 

Julien :         J'ai pas faim... mon ulcère m'achale.

 

Lionel :        Un bon repas... c'est ça que t’as besoin.  Oh! je devrais me mêler de mes affaires et puis vous laisser seuls vous deux.

 

Julien :         Ouais... c'est une bonne idée.  Après ça, j'pourrai peut-être avoir un peu de paix ici.

 

Jeanne :        Ben Julien, parles pour toi-même mon gars.  Parce que moi, je vais prendre une marche en allant au restaurant.  Bon, Lionel, on y va?

 

Lionel :        Laisse-moi t'aider avec ton manteau, Jeanne.

 

Jeanne :        Merci Lionel.  Julien?  Veux-tu que je te rapporte quelque chose du restaurant?

 

Julien :         Non.  Cassez-vous pas la tête... j'ai tout c'que j'ai de besoin ici dans ma p'tite bouteille de vin.

 

Lionel:         Oh Julien! attention!  C'est dangereux!  Ah pis, à quoi ça sert!

 

 

Technicien : On entend une porte qui ferme.


 

Commentaires : Ils partent pour leur marche en direction du restaurant.

 

Lionel :        C'est dommage que Julien ne voulait pas nous accompagner, mais je le connais... la prochaine fois, on réussira peut-être à l’convaincre.  Et toi Jeanne, tu vas continuer tes marches... c'est tellement important pour nous en vieillissant.

 

Jeanne :        Oui j’suis résolue... même si je dois marcher seule.

 

Lionel :        Non, non, non!  Ce n'est pas prudent d'être seule non plus, surtout le soir.  Je te conseille de te trouver une compagne.  Pour ma part, tu n'as qu'à me téléphoner et je serai heureux de t'accompagner après la fermeture de la pharmacie.  C'est une routine importante pour moi aussi.  J'ai toujours l'esprit plus clair après ma marche et mon appétit est meilleur.

 

Jeanne :        Je verrai bien.  Je suis certaine que tout ce qui s'est passé aujourd'hui aura un impact positif sur toutes nos vies.  J'ai découvert un tas de choses.  Le docteur Quenneville venait juste de m’parler des méfaits de l'alcool avec nos médicaments et voilà que j'arrive sur la même situation à la maison.  Après souper, je vais retourner chez moi et faire une évaluation de mes médicaments, ceux qui sont sur ordonnance et tous les autres.  Demain je vais parler à Bernadine et ensuite j’vais parler à mon beau Julien.  Ça fait longtemps qu’on vit chacun dans notre petit monde... sans vraiment se parler.  C’est l’temps de se défaire  de cette habitude.

 

Lionel :        Vous n'êtes pas les seuls, tu sais.  Chacun doit créer et gérer son propre bonheur.  Moi, j'ai dû me prendre en main lorsque ma femme est décédée.  Ce n'est pas chose facile, mais c'est certainement mieux que de noyer nos problèmes dans les pilules et l'alcool.

 

Jeanne :        Sais-tu, malgré tout, je me sens soulagée.  Je commence à voir la lumière au bout du tunnel.  Ça fait tellement longtemps que je ne me suis pas confiée à quelqu’un que j’oubliais comme ça fait du bien.  J’ai hâte d'en parler à Bernadine.  Je suis certaine qu'elle aussi aura des conseils à me donner.

 

Lionel :        Je te souhaite bonne chance, Jeanne.  Oh! et puis dis donc, ta voisine, Margot... est‑elle veuve?  Penses-tu qu'on pourrait l'inviter à faire partie de notre petit groupe d’exercice?  Elle me paraît très gentille.

 

Jeanne :        (En riant)  Oui, elle est veuve depuis plusieurs années.  J’irai la voir ce soir et j’lui demanderai.  J’ai pas été très gentille envers elle dernièrement et je dois m’en excuser.  Je suis certaine qu’elle sera heureuse de sortir de son appartement.


 

Lionel :        Sais-tu, moi aussi j'ai l'impression que mon train de vie va changer.  Sais-tu... j'ai l'impression que tu n'es pas la seule à avoir appris quelque chose aujourd'hui.  Allons souper.  J'ai soudainement faim!

 

 

 

                                                           Fin de l’acte 3

 


 

 

                                     Le filet invisible

 

Cette pièce est interprétée par les membres du club de l’Âge d’Or «Le Foyer» de Pointe-aux-Roches (Ontario).   Dans le style d’une émission de radio, on y aborde le mauvais usage ou l’abus des médicaments et de l’alcool chez les aînés ainsi que les problèmes qui peuvent s’ensuivrent, dans le contexte des aînés.  Cette comédie permet de présenter le message de la prévention des abus et de la promotion de la santé dans un contexte non menaçant.

 

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